Des affiches du Consulat
Ce billet a été rédigé par Colleen Buros, étudiante en M1 à l’Université de Lille et stagiaire à la BHVP en juillet 2026.
L’inventaire issu de ce travail sera mis en ligne dans le courant de l’année 2027. Si vous souhaitez consulter les affiches, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse bhvp@paris.fr
Au cours de mon stage à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, j’ai eu le privilège de travailler sur un corpus de 104 affiches du Consulat. Cet ensemble couvre la période allant du 18 brumaire an 8, soit le 9 novembre 1799 qui marque le début du Consulat, au 21 germinal an 12, soit le 11 avril 1804.
L’origine d’acquisition de la plupart de ces pièces reste inconnue, à l’exception de deux affiches provenant de la collection du marquis de Turgot (19ème siècle). Ce corpus est rapidement apparu comme un observatoire précieux. Il donne à voir un régime en train de s’installer, mais aussi des réalités concrètes de la vie administrative et urbaine.
Petit rappel historique : qu’est-ce que le Consulat ?
Le Consulat naît au lendemain du coup d’État des 18 et 19 brumaire an 8. Dans la nuit du 19 au 20 brumaire, les conseils adoptent un texte qui supprime le Directoire et crée une commission consulaire exécutive composée d’Emmanuel-Joseph Sieyès, Roger Ducos et Napoléon Bonaparte. Le régime prend ensuite sa forme durable avec la Constitution du 22 frimaire an 8, signée le 13 décembre 1799.
Cette constitution maintient la République en droit, mais affirme très nettement la primauté de l’exécutif sur les assemblées. Le Premier consul, Napoléon Bonaparte concentre alors l’essentiel du pouvoir, tandis que les deuxième et troisième consuls ne disposent que d’une voix consultative. Le Consulat ne se réduit donc pas à un simple prolongement du Directoire. Il constitue une période autonome, bien identifiée par l’historiographie récente tout en préparant l’affirmation progressive du pouvoir personnel de Bonaparte. C’est aussi un moment de centralisation accrue.
La Constitution de l’an 8 et la loi du 28 pluviôse an 8 (17 février 1800) réorganisent le territoire autour des départements, des arrondissements et surtout du corps préfectoral, conçu comme le relais direct du gouvernement dans les provinces.
Le Consulat, enfant de la Révolution ou père de l’Empire ?

La première question posée par ce travail concernait le classement de ces affiches. Fallait-il les intégrer à l’inventaire déjà existant sur la Révolution française ou bien leur réserver un traitement distinct ?
Les arguments en faveur d’un rattachement à la période révolutionnaire existaient bien : continuité chronologique avec le Directoire, maintien du calendrier républicain et persistance de plusieurs formes héritées de la décennie révolutionnaire. Mais les arguments inverses m’ont semblé plus convaincants. Dans l’ouvrage Révolution, Consulat, Empire : 1789-1915 (Biard, Bourdin et Marzagalli), le Consulat fait l’objet d’un chapitre séparé. Le 18 brumaire y apparaît comme une rupture politique majeure. De leur côté, les Archives nationales distinguent le Directoire exécutif du Consulat dans des sous-séries différentes, preuve que l’administration elle-même a pensé ces deux moments comme des ensembles distincts. Enfin, le Consulat prépare directement l’Empire, par la centralisation du pouvoir, par la montée en puissance de Napoléon Bonaparte et par des formes de représentation qui annoncent déjà le régime suivant.
C’est pour ces raisons que le choix a été fait de créer un inventaire spécifique « Consulat / Premier Empire / Restaurations » plutôt que d’ajouter ces affiches à l’inventaire de la Révolution française déjà existant.
L’affiche, instrument d’un pouvoir qui s’installe partout en France
Une première série d’affiches montre la naissance même du régime. L’affiche « Suppression du Directoire. Loi du 19 brumaire an 8 », imprimée à Bruxelles, est à cet égard une pièce intéressante : il est demandé que le texte soit imprimé, envoyé par courriers et affiché dans toutes les communes de la République, y compris en Belgique donc !
L’affiche « Arrêté des Consuls de la République, relatif aux prêtres assermentés, mariés, ou n’exerçant plus leur culte », imprimé à Grenoble, éclaire une autre dimension du début du Consulat. Le texte revient sur certaines mesures de déportation décidées sous la Révolution et prévoit, sous conditions, la libération de prêtres appartenant à plusieurs catégories précises.
On y voit un régime qui cherche à rétablir l’ordre intérieur, mais aussi à apaiser la question religieuse : les premières semaines du Consulat s’accompagnent d’un abandon des mesures punitives contre les prêtres réfractaires et d’un mouvement de pacification religieuse qui conduira bientôt au Concordat.

L’affiche « Proclamation du premier consul à vie », imprimée au Mans, donne à voir un autre tournant. Elle proclame le sénatus-consulte qui fait de Napoléon Bonaparte un Premier Consul à vie, à la suite d’un vote présenté comme l’expression de la volonté nationale. L’affiche transmet donc une décision institutionnelle, mais elle participe aussi à la mise en scène d’un pouvoir de plus en plus personnel. À travers elle, l’affichage public devient un outil de légitimation autant qu’un moyen d’information.

D’autres affiches émanent des pouvoirs locaux comme cette affiche concernant l’interdiction des jeux de hasard dans le département du Rhône (22 pluviôse an X – 11 février 1802). Le corpus conservé à la Bibliothèque historique est d’ailleurs largement composé d’affiches politiques, administratives et de police, avec une forte présence d’exemplaires issus du département de la Sarthe.
Des murs de l’État aux murs du quotidien
Les affiches du Consulat ne parlent pourtant pas seulement des institutions. Elles documentent aussi des gestes ordinaires, des besoins matériels et des rythmes très concrets de la vie sociale. C’est là que ce corpus devient particulièrement vivant.
L’affiche « Soupes aux légumes. Les Membres du Comité des Soupes, au Préfet du département de la Seine » en offre un bon exemple. Elle annonce la reprise de distributions dans plusieurs lieux précis de Paris, indique les horaires et le prix de la ration. L’affiche publique ne sert donc pas seulement à publier des lois. Elle sert aussi à organiser l’accès à l’aide, à orienter les habitants et à inscrire l’action des autorités dans l’espace urbain.

Deux placards mortuaires m’ont également beaucoup frappée. Le premier annonce le décès de Demoiselle Marie-Louise Bouchet, épouse de Denis Boutron, morte le 11 avril 1804, donc encore sous le Consulat. Le second annonce la mort de Monsieur Denis Boutron, le 11 juillet 1804, cette fois sous le Premier Empire. Quatre mois seulement séparent ces deux affiches. Pourtant, elles ne relèvent déjà plus du même régime politique.


Ce voisinage chronologique rend sensible le passage du Consulat à l’Empire. Il rappelle aussi que les ruptures institutionnelles se lisent parfois dans des documents modestes, liés à des existences ordinaires plutôt qu’à de grandes proclamations d’État.
Ces deux placards montrent en outre que l’affichage mortuaire n’est pas réservé aux plus grandes figures sociales : le défunt était garde du corps des marchands de vin.
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Ces affiches de la période du Consulat montrent à la fois la naissance d’un nouveau régime et la manière dont il s’inscrit dans le quotidien. Elles font apparaître un usage intensif de l’affiche comme technologie de diffusion du gouvernement, à savoir : publier, notifier, ordonner et faire exécuter. Mais elles laissent aussi entrevoir une société entière avec ses pratiques administratives, ses inquiétudes religieuses, ses contrôles de police, ses secours alimentaires, ses ventes et ses deuils.
Entre histoire politique, histoire administrative et culture de l’imprimé, ces pièces d’archives permettent donc de lire le Consulat non seulement comme un régime, mais comme une présence matérielle sur les murs des villes.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Colleen Buros (29 juillet 2026). Des affiches du Consulat. L'échauguette. Consulté le 6 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16mzu


